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Dès la fin du Mycénien la légende courut d’une île mystérieuse sur les
rives de laquelle les marins périssaient attirés par le chant des oiseaux.
On racontait que les navigateurs qui passaient le long de ces côtes se
faisaient emplir leurs oreilles de cire pour ne pas être déroutés et mourir.
Même Orphée le musicien ne voulut rien entendre de ce chant continu.
Ulysse le premier souhaita l’entendre. Il prit la précaution de se faire
attacher les pieds et les mains au mât de son navire. Seul Boutès sauta.
P.Quignard
Ce texte de Pascal Quignard, choisi en préambule, ouvre un imaginaire qui
laisse présager un univers fou et déjanté.
De ce moment clair, connu, archiconnu, explicite, conforme à mes connaissances,
à mon histoire, à ma réalité, comme à celles de mes contemporains, je plonge
et je vis ce passage proche du rêve que je fais
la nuit ; je glisse petit à petit vers un monde à la fois féerique et diabolique,
grotesque, parfois vulgaire, aussi fort que la vérité et pourtant illusoire,
instantané et pourtant prémédité, qui me transporte tantôt vers la
mégalomanie, tantôt vers l’auto dérision, où les peurs les plus atroces,
les joies les plus folles, et les idées les plus saugrenues cohabitent
entre elles, aux mépris des idées parfois reçues de ma propre culture et
de
mes propres codes.
On m’a dit enfant que l’attirance du chant des sirènes, envoûtait, hypnotisait
et incitait les marins à suivre ces créatures aux fonds des mers… je
me suis toujours caché la suite et encore plus l’épilogue.